
JULES FOSSOUL, LE P’TIT CURÉ…
Il est né, le 5 avril 1912, dans un des beaux petits villages de la Hesbaye liégeoise, à Dommartin. Il est arrivé, petit dernier d’une famille de treize enfants. Trois sont morts en bas âge et le petit Jules, comme on n’a jamais cessé de l’appeler, a grandi au milieu de neuf frères et sœurs.
Très vite il s’est révélé comme une « graine de curé » ! Petit, il jouait à la messe avec ses frères et sœurs. Il est vrai que dans le passé –même si aujourd’hui on a vraiment beaucoup de peine à l’imaginer- jouer à célébrer la messe était relativement courant chez les petits garçons. Il est allé à l’école chez les Frères à Horion-Hozémont puis à St Roch, puis au Séminaire de Saint-Trond.
C’est ensuite le Grand Séminaire de Liège. Il est ordonné prêtre le 4 juillet 1937 et célèbre sa première messe « pour de vrai » cette fois, à Dommartin, le 11 juillet 1937.
C’est à Boncelles, de juillet 1937 à décembre 1939 qu’il travaille pour la première fois sur le terrain en tant que vicaire. Ce sera ensuite Ampsin avant d’entrer, en 1947, dans sa première cure à Merdorp près de Hannut. Il quitte Merdorp en 1951 pour Ruy .
C’est en mars 1964 que Jules Fossoul arrive à Chokier où il remplace l’abbé Dejembe qui, lui s’en va … à Boncelles où il est toujours.
Commence alors une longue histoire entre le p’tit curé et sa paroisse de Chokier
Une histoire faite de sympathie, de solidarité, de dévouement. Doué d’une grande énergie, il est animé par la volonté de faire partager à tout prix ses certitudes… avec parfois une grande impatience qui n’était pas loin de la colère. Il était assez colérique mais comme tous les sanguins, cela ne durait jamais longtemps. On se disait ses quatre vérités, mais le lendemain, on se retrouvait avec plaisir et la volonté de continuer à travailler ensemble.
Même André Cools
Même André Cools, pourtant colérique lui aussi, ne ménageait pas sa sympathie au « p’tit curé de Chokier ». Il avait voulu être présent le jour de la retraite de Jules Fossoul le 16 septembre 1985.
Il lui avait dit: « Au nom du Collège, je vous exprime les regrets que suscite votre départ. En ces temps difficiles, toutes les bonnes volontés sont nécessaires entre hommes qui cherchons à aider à résoudre encore quelques problèmes. »
On se souvient aussi de la longueur de ses sermons qui était devenue légendaire. On avait beau le lui dire. Il souriait en plissant les yeux et… recommençait de plus belle le dimanche suivant avec le léger accent de prononciation qui faisait aussi partie de sa personnalité.
Notre vie était aussi la sienne. Pas un malade qui dans la paroisse ne recevait sa visite. Il liait conversation avec tout le monde, dans la rue, dans les magasins, sans se soucier des appartenances politiques ou philosophiques . Pas un automobiliste passant par là, qui ne se fasse héler pour le conduire là où il voulait aller.
Petit, mais brandi, pendant toute sa vie, il s’est toujours violemment emporté contre les grandes inégalités sociales et ceux par qui elles étaient encore aggravées. Dénoncer l’hypocrisie des nantis était un de ses grands chevaux de bataille qu’il enfourchait avec une vigueur dévastatrice. Les sujets de ses constantes préoccupations, c’étaient les syndicats, les Équipes Populaires, les femmes dans leur travail d’épouse et de mère, (de temps en temps aussi certaines femmes qui travaillaient «dehors » comme il disait, trouvaient un peu grâce à ses yeux mais c’était rare).
Les jeunes, avant tout

Mais ce qui lui tenait surtout à cœur, c’étaient les jeunes, qui trouvaient en lui un défenseur sans réserve. Les louveteaux, les scouts de Chokier ont vécu leur grande époque avec le curé Fossoul.
A Chokier, la marque impérissable du curé Fossoul, c’est la Maison des Jeunes. C’est elle qui concrétise le mieux son passage chez nous. Il voulait un lieu ouvert à toutes et à tous. Là où il est, il doit bien sourire Jules Fossoul, de tout ce qu’on dit de lui aujourd’hui et être heureux de la manière dont on entretient son héritage.
Pendant quelque temps, sa santé le contraignit à se retirer un peu du monde. Et il dut renoncer à son travail sur le terrain. C’est à ce moment qu’il prit sa retraite. Mais les dernières années de sa vie, il avait surmonté cette difficulté. On revoyait à nouveau sa petite silhouette, se déplaçant d’un pas vif, partout à Chokier ; poussant une barrière ici, sonnant à une porte là. Soumettant aussi à l’un ou à l’autre, les pages d’un livre qu’il voulait écrire sur ses convictions profondes et sur le regard qu’il portait sur la société d’aujourd’hui. Vaste programme qu’il n’a pas eu le temps de mener à terme.
Il est décédé en décembre 2002.
Lily Portugaels

IN MEMORIAM Jules Fossoul
On avait fini par le croire immortel. En fait, il l’est.
Intervention de Lily Coenegrachts-Portugaels |